Interview de Pierre-Alexandre, Ergonome chez RiaStudio

02 mai 2017

Pierre-Alexandre a passé le test de l’interview avec brio et nous explique en quoi consiste son métier d’ergonome.

1/ Peux-tu te présenter en quelques lignes ?

pierre alexandreJe m’appelle Pierre-Alexandre et j’ai 24 ans. Je suis passionné par les univers fantastiques et surtout par l’astronomie. J’ai un parcours assez atypique.

Après mon Bac S, je me prédestinai à des études de médecine à Poitiers. J’ai donc suivi une première année. Hélas, beaucoup d’évènements ont surgit et ça ne m’a pas aidé à réussir. A la fin de l’année universitaire en P1, j’avais le choix entre repartir sur une année supplémentaire ou me réorienter. J’aimai bien l’idée d’être médecin généraliste rural mais la mentalité des étudiants en médecine est extrêmement particulière…

Toujours dans ma volonté d’aider autrui et de le comprendre, je me suis réorienter en Psychologie. Dans ce cursus, j’ai obtenu ma Licence et mon Master avec mention. C’est au cours de ma première année de master que je me suis initié à l’ergonomie cognitive, en menant diverses études avec un excellent enseignant-chercheur (dont une a été publiée dans la littérature ). Tout naturellement, j’ai voulu continuer d’appréhender cette discipline en deuxième année de Master en me spécialisant dans l’ergonomie cognitive et plus particulièrement, dans les IHM (Interactions Homme-Machine). La particularité de mon cursus, c’est que je suis le seul de ma promotion à m’être spécialisé dans ce domaine. Après coup, je ne regrette en rien mes choix.

2/ Peux-tu nous expliquer en quoi consiste ton métier ? Que fais-tu au quotidien ?

En tant qu’ergonome, j’ai plusieurs cordes à mon arc. En temps normal, mon rôle est d’investiguer les interfaces que l’on me confie pour en améliorer l’ergonomie (applications et sites web). De là, je m’équipe de ma grille d’évaluation pour tester l’interface et rechercher tous les points problématiques faisant défaut aux critères ergonomiques de référence. C’est un vrai travail de fourmi.

Pour ma part, sur une application ou un site web, je parcours l’interface selon le mode de déplacement de 2 types d’utilisateurs : un utilisateur novice et un utilisateur expert. Ainsi, j’ai plus de chance d’identifier des détails pouvant se révéler gênants pour tel ou tel type d’utilisateur. Une fois ces éléments mis en lumière, la deuxième phase est de formuler des préconisations. Elles ont pour but d’améliorer l’interface en corrigeant l’erreur identifiée et en étant en accord avec les critères en vigueur. Mais avant tout, elles sont formulées pour améliorer l’expérience utilisateur.

La particularité, c’est qu’en tant qu’ergonome, on doit garder à l’esprit que nos préconisations peuvent ne pas être acceptées par les clients/développeurs, soit parce qu’elles sont trop longues à mettre en place soit parce que le client n’en voit pas l’utilité. Il faut faire avec. Une fois que l’analyse et les préconisations sont faites, je réalise des maquettes de sites/d’applications en mettant en avant l’existant ainsi que les améliorations. C’est un travail au détail et j’adore ça.

Je travaille en priorité pour RiaStudio, notamment sur les deux applications riaShop et Yuto, mais il m’arrive d’analyser des sites pour des clients et même des applications concurrentes. C’est assez drôle d’ailleurs. Accessoirement, je mène des tests utilisateurs, je chapeaute quelques projets directement en lien avec nos applications et j’anime des web conférences.

3/ Pourquoi est-ce si important de prêter attention à l’ergonomie d’une application ou d’un site internet ?

Plusieurs raisons font que l’ergonomie d’une application est un enjeu aujourd’hui. Pour ma part, je suis la conception centrée utilisateur. L’application/site web doit s’adapter à l’utilisateur et non l’inverse. Je pense que l’intérêt premier d’instaurer des procédures d’ergonomie, c’est la satisfaction utilisateur. Aujourd’hui, vous trouvez des sites et des applications pour tout, absolument tout. Ce qui va orienter le choix des utilisateurs c’est avant tout la satisfaction qu’ils en ont à s’en servir. Plus un site web/logiciel satisfait l’utilisateur, plus il sera utilisé. Dans ce sens, cela va générer de la popularité et par suite logique, des revenus. Donc en simplifiant les choses, investir dans l’ergonomie, c’est investir à long terme. Mais l’ergonomie ne se résume pas à cet élément. Je souligne l’intérêt de cette discipline si l’on se place d’un point de vue « rendement/bénéfice ».

Prêter attention à l’ergonomie, c’est mettre en avant les informations que l’on cherche à véhiculer à l’utilisateur. Plus les informations seront présentées clairement et simplement, mieux elles seront comprises et donc retenues par les lecteurs. En résumé, il y a énormément d’intérêt à s’intéresser à l’ergonomie, quel que soit le point de vue adopté.

4/ Quelles sont les évolutions que tu as pu constater dans ce domaine ces dernières années ?

Même si beaucoup de recherches et de matières ont été apportées à l’ergonomie, elle reste une discipline mal connue. Il suffit de sortir dans la rue et de demander aux gens ce que c’est pour eux l’ergonomie : « ben c’est quand c’est joli ! » ou « quand je fais vite mon travail ». Il y a du vrai et du faux. Ergonomie ne veut pas dire esthétisme. Vous pouvez avoir des interfaces de sites web ou de logiciels vraiment très belles et design, mais qui, au niveau de l’utilisabilité, ont passé leur tour. À l’inverse, des interfaces très ergonomiques peuvent être très moches. L’ergonomie, c’est avant-tout l’utilisabilité. Est-ce qu’une interface est réellement utilisable et a-t-elle une réelle utilité pour l’utilisateur ?

En somme, Bastien et Scapin ont défini les critères de références de l’ergonomie des IHM en 1997, soit il y a 20 ans. Ce qu’il manque aujourd’hui dans l’esprit des gens, c’est de comprendre le réel intérêt et les bénéfices de l’ergonomie.

5/ Qu’est ce qui te plait dans tes missions ?

Ce qui me plaît le plus, c’est d’analyser. Certes c’est long, certes c’est barbant, mais c’est avant tout chasser le détail. Personnellement, ce qui m’amuse, c’est la longueur des rapports que je rédige lors de mes audits ergonomiques. Mais hormis ce point, c’est avant-tout améliorer l’interface pour satisfaire l’utilisateur. Rendre les choses simples d’utilisation, mettre en avant les informations importantes ou implémenter des fonctionnalités utiles sont tout autant d’éléments importants. La défi, c’est d’adapter telle ou telle amélioration à l’interface en question. Même si 2 sites traitent le même sujet, ils n’en sont pas moins différents. En ce sens, on ne peut pas appliquer la même préconisation sur chacun de ces sites. C’est du cas par cas. Chaque site aura ses propres lacunes en matière d’ergonomie.

Donc en résumé, ce qui me plaît, ce qui m’amuse, c’est améliorer, analyser, faire évoluer les choses et en particulier, les interfaces.

6/ Quel serait ton adage ? La phrase qui te caractérise le mieux ?

J’ai plusieurs adages :

Un pour la vie de tous les jours : L’amour comme épée, l’humour comme bouclier.

Un pour le travail : Chaque détail est essentiel.

Un pour la spiritualité : Si un jour quelqu’un te fait du mal, ne cherche en rien à te venger. Assieds-toi au bord de la rivière et bientôt, tu verras son cadavre passer.